jeudi 21 février 2013

Charleroi : le Parc d’attractions à 20 millions d’euros était un mirage



C’était annoncé à grands coups de clairons médiatiques: le Centre social de délassement de Marcinelle, dont la ville de Charleroi ne sait que faire, allait se transformer en parc d’attractions thématique sur la bande dessinée. Un an plus tard, la ville, appuyée par une contre-étude, enterre le projet. Coût présumé des funérailles: près de 180.000 euros.

Fin 2011, certains Carolos (pas tous, tant l’idée paraissait farfelue) se prenaient à rêver à un Walibi-sur-Sambre, où quelque 200.000 visiteurs viendraient chaque année s’oxygéner les neurones à Marcinelle, sous l’œil rieur du Marsupilami, des Schtroumpfs, de Spirou et de toutes ces sympathiques figures locales nées dans la même localité.

L’alors échevin de l’aménagement urbain de la ville de Charleroi, Eric Massin, présentait à la presse une étude menée par le Centre d’ingénierie touristique de Wallonie (CITW), financée par des fonds européens, et commandée, contre 84.000 bons euros, au bureau «Tourism and Leisure». Celle-ci affirmait l’opportunité de transformer le Centre social de délassement (CSD) de Marcinelle en Parc d’attractions. Investissement à consentir: 20 millions d’euros, dont le quart aurait été public, et le reste apporté par un opérateur privé encore à dénicher.

Un an après, une autre étude commandée par la Régie communale autonome (RCA) de Charleroi, propriétaire du site (dont Eric Massin était Administrateur-délégué jusqu’à février 2012), pour examiner la pertinence du projet, le démolit explicitement. «Dans le cadre de la présentation de notre état des lieux et de l’analyse de l’étude réalisée par Tourism and Leisure, il s’est avéré que le master plan de redéveloppement du site tel qu’imaginé dans cette étude n’était pas réalisable sur la base des contraintes juridiques, planologiques, techniques et financières relatives au Centre de délassement. Cet avis a été confirmé par Messieurs Magnette (NDLR : bourgmestre de Charleroi et président de la RCA) et Devillers (NDLR : chef de file réformateur au Collège et ancien administrateur-délégué)», écrivent les experts de chez Deloitte, Osborne et De Backer, associés sur le coup (pour lequel ils pourraient réclamer quelque 90.000 euros; à Charleroi, on espère que la facture sera moins élevée).

Bref, Charleroi applique avec abnégation les préceptes de l’économiste John Maynard Keynes. Celui-ci affirmait que l’argent public pouvait servir favorablement l’économie nationale, quand bien même il serait utilisé à salarier des chômeurs pour creuser des trous le matin et les reboucher l’après-midi. Sauf que dans la première métropole wallonne, on paie sur ses propres deniers des experts pour contredire ceux que l’on avait précédemment embauchés avec de l’argent européen.

Quant au site du CSD (une piscine en plein air, un domaine boisé de 150 hectares, des terrains de tennis, des salles de réunion, des restaurants, etc.), les abords de sa piscine et son bâtiment principal devraient, faute de repreneur privé, être rénovés sur fonds publics. Modestement, l’idée étant de garder des infrastructures fonctionnelles pour en rendre la privatisation plus aisée, et plus rentable.

Nicolas De Decker

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